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Thomas Boni YAYI : Du chef de l’État au prédicateur de la Parole de Dieu

Figure majeure de la scène politique béninoise, Thomas Boni YAYI a marqué les esprits tant par son parcours atypique que par ses prises de position. Économiste de formation, président de la République du Bénin de 2006 à 2016, il surprend aujourd’hui par sa reconversion publique dans la prédication chrétienne. Comment comprendre ce virage spirituel ? Quels sont les traits marquants de sa personnalité, ses forces et ses faiblesses, à la lumière de ce double engagement politique et religieux ?

L’ombre du spirituel derrière le pouvoir

Lorsqu’il accède à la magistrature suprême en 2006, Boni Yayi ne cache pas ses convictions : il est chrétien évangélique et revendique son parcours spirituel comme la pierre angulaire de son engagement public. Pour lui, sa présence au sommet de l’État n’est pas le fruit d’une ambition personnelle mais d’un appel divin.

« Dieu m’a placé ici pour servir le peuple », déclarait-il lors de sa première investiture. Ces mots, qui auraient pu passer pour de la rhétorique politique, deviennent au fil des années une signature de son leadership. Au Palais de la Marina, les murs ont souvent résonné de prières, de cantiques, et de versets bibliques lus à voix haute lors de réunions restreintes. Certains collaborateurs rapportent même que les décisions importantes étaient précédées de jeûnes et de retraites spirituelles.

Une présidence prophétique ?

À la manière de certains leaders pentecôtistes, Boni YAYI a souvent présenté sa vision politique comme prophétique. L’économiste de formation a ainsi endossé un rôle presque pastoral dans l’exercice du pouvoir. Il ne dirigeait pas seulement un pays : il conduisait un peuple, tel un berger guidant son troupeau dans la lumière divine.

Ce positionnement spirituel lui a valu admiration et critiques. Ses adversaires politiques l’accusaient parfois de fanatisme, voire de confusion entre État laïc et mission religieuse. Mais pour ses partisans, notamment dans les milieux évangéliques, il incarnait l’exemple vivant que l’Afrique peut être dirigée par des hommes intègres, placés sous l’autorité de Dieu.

Le prix de la foi

Être président et prophète ne va pas sans contradictions. À mesure que le pouvoir s’exerçait, la foi de Boni YAYI était mise à l’épreuve. Tentatives d’assassinat, critiques virulentes, mutineries politiques… l’homme a traversé des tempêtes. Mais il s’en est toujours remis à la prière.

En 2012, après avoir échappé à un empoisonnement présumé, il déclarait : « Ma vie est entre les mains de Dieu. Ce n’est pas l’homme qui décidera de ma fin. » Cette posture résolument théologique face à la violence politique a renforcé son image de leader mystique, prêt à affronter les ténèbres au nom de la vérité.

Un pasteur sans chaire ?

Depuis la fin de son mandat, Boni Yayi ne s’est pas retiré dans le silence. S’il ne dirige plus le pays, il continue de prêcher. Invité à des retraites spirituelles, orateur dans des conférences religieuses, conseiller discret auprès de plusieurs mouvements chrétiens africains, il apparaît désormais comme un mentor spirituel. Beaucoup le voient comme un « pasteur sans chaire », un prophète des temps modernes qui, loin des projecteurs politiques, poursuit sa mission avec la même ferveur.

Un messager spirituel clivant ?

Bien que sa conversion à la prédication inspire certains, elle interroge d’autres. Est-ce un engagement sincère ou une stratégie pour entretenir sa popularité auprès de certains segments de la population ? Pour certains observateurs, cette nouvelle posture peut brouiller les lignes entre foi personnelle et influence publique, dans un État laïc.

Une posture ambivalente entre retrait et activisme

Même s’il affirme avoir tourné la page de la politique active, Thomas Boni YAYI continue d’intervenir dans les débats nationaux, de critiquer le pouvoir en place et d’influencer les orientations de son parti. Cette posture ambiguë peut laisser penser qu’il n’a jamais vraiment quitté la scène politique, ce qui peut affaiblir la portée spirituelle de sa reconversion.

La postérité d’un homme double

Boni YAYI restera dans les livres d’histoire comme le président qui a modernisé certaines institutions béninoises et tenté de lutter contre la corruption. Mais il entrera aussi dans la mémoire collective comme celui qui a voulu spiritualiser le pouvoir politique. En cela, il incarne une figure rare : celle d’un homme d’État pour qui la foi ne fut pas un ornement, mais un fondement.

À l’heure où l’Afrique interroge de plus en plus ses modèles de gouvernance, la trajectoire spirituelle de Boni YAYI pose une question essentielle : peut-on gouverner avec le ciel pour boussole, dans un monde qui regarde souvent la foi avec méfiance ?

Pasteur Philippe Charles MESSE

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